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Puno, le 26 mai 2008
Bon anniversaire Hugo !
Pour aller de Sucre à Cochabamba, il n'y a que des bus de nuit. Nous réservons donc des billets pour le mercredi 14 mai au soir, dans le bus le plus confortable que nous avons trouvé. Il s'agit d'un bus semi-cama («à moitié couchette »), c'est-à-dire que les sièges sont un peu plus espacés que dans un bus normal et qu'ils s'inclinent un peu plus.
Nous partons à 19h30, avec une arrivée prévue vers 6h du matin. La route (enfin, la piste), serpente aux travers des montagnes. A part nous et un couple de jeunes Allemands, il n'y a que des Boliviens dans le bus, qui affiche complet. Vers 21h30, premier arrêt au milieu d'un village, dont la principale activité consiste visiblement à vendre nourritures et boissons aux passagers. A minuit environ, deuxième arrêt. Au début, nous croyons que le chauffeur a une envie pressante. Puis, on le voit faire le tour de son bus avec une lampe électrique, l'air perplexe. Puis, plus rien jusque 3 heures du matin. Quand on vous dit rien, c'est qu'il ne se passe rien, et que le chauffeur ne donne pas un seul mot d'explication. Nous, cela ne nous dérange pas trop, puisque de toute façon nous n'aurions pas compris ce qu'il racontait. Alors on en profite pour dormir. On se réveille de temps en temps, juste pour vérifier que le bus ne bouge toujours pas. Nous sommes au milieu de nulle part, on devine simplement les montagnes des Andes autour de nous. Christine continue d'affirmer qu'à ce moment-là, elle a vue une vache traverser la route, mais la police n'a pas confirmé. Le seul avantage de cet arrêt forcé, vu qu'il n'y a aucune lumière dans les 100 kms aux alentours, c'est que le ciel est superbe et que nous pouvons appliquer toutes les connaissances célestes acquises à San Pedro de Atacama.
Vers 3 heures, il y a du nouveau. Un bus de la même compagnie, qui vient de Cochabamba, s'arrête à coté de nous et ils proposent à ceux qui le veulent de les ramener... à Sucre ! Il y a quand même 4 ou 5 passagers qui acceptent. Après cela, il y a un peu plus de mouvements parce que les passagers commencent à râler et, apparemment, reprochent au chauffeur le manque flagrant de communication.
A un peu plus de quatre heures, miracle ! Un bus de rechange arrive. Après un rapide transbordement des bagages et des passagers, nous poursuivons notre voyage, qui aura finalement duré 16 heures. Vive les voyages en bus ! Il s'y passe toujours quelque chose. Nous avons un peu l'impression d'être revenus au Laos.
Rien de spécial à dire sur Cochabamba. Nous n'y passons qu'un après midi dans un hôtel moyen. Les enfants ouvrent leurs cahiers du CNED pendant que les parents font une ballade en ville.
Le lendemain, à 6h30, un chauffeur vient nous chercher pour nous emmener au parc national Torotoro.
Nous avons décidé d'aller dans ce parc quand nous étions à San Pedro, en apprenant qu'il était un des endroits du monde où il y a le plus d'empreintes de dinosaures. Les enfants avaient tout de suite approuvé. Ce que nous ne savions pas, c'est que le parc est aussi très célèbre pour ses richesses géologiques : cavernes, canyons, ...
Nous ne savions pas non plus qu'il fallait quatre heures de voiture pour parcourir les 140 kms depuis Cochabamba. Il faut dire que l'état de la route laisse à désirer. Mais une fois qu'on y arrive, on ne regrette pas le voyage.
Le programme des trois jours à venir est chargé, et il va s'avérer assez sportif. Dès le début de l'après-midi, nous partons vers la grotte d'Umajalanta. Elle est très différente que celle nous avions découverte au Laos. On ne s'y déplace pas en pirogue, mais à pied. Et surtout, plongé dans un noir complet, on est souvent obligé de ramper, d'escalader ou de descendre en rappel. Nous passons trois heures dans la grotte, au milieu des stalactites, des stalagmites et des chauves-souris vampires qui logent ici ! Nous ressortons fatigué, mais ravis d'avoir vécu une première expérience de spéléologie. Nous avons aussi bien ri en entendant Christine répéter à chaque obstacle : « Mais je ne pourrais jamais passer par là ! ». Les enfants ont bien sur adoré.
De retour à l'hôtel, Garance va en secret voir nos hôtes pour qu'ils préparent un gâteau d'anniversaire. Ils se connaissent déjà bien, puisqu'elle passe son temps avec leurs chiens. Nous fêtons ainsi, grâce à la participation de Sonia et Walter (les propriétaires), les 41 ans de Laurent.
Le lendemain, notre guide Félix nous emmène vers le Canyon de Sucusuma, où nous partons pour 6 heures de ballade au milieu de falaises de 250 mètres.
A l'extrémité du Canyon, nous arrivons à El Vergel, où une cascade arrose les plantes tropicales et où les enfants s'éclatent à escalader les rochers.
Au retour, nous découvrons les traces laissées par des dinosaures il y a 80 millions d'années, à l'époque où la naissance des Andes n'avait pas encore déformé la région.
Nous rentrons ensuite à l'hôtel. Félix nous propose alors d'aller visiter un petit musée, une boutique de tisserand et l'église du village. Les parents acceptent, les enfants refusent (nous les retrouverons devant un DVD intellectuel, « The transformers »). Le musée est en fait un ensemble de pièces recouvertes par des échantillons de chaque type de roches qu'on trouve dans la région, qu'un passionné loufoque a aménagé dans sa maison. Il a construit de grandes mosaïques avec des cailloux qui représentent des dinosaures. On y trouve même des météorites.
La boutique est sans intérêt, et nous partons vers l'église. Nous arrivons au moment où commence visiblement une messe. Au début, nous restons sagement au fond, mais Félix nous dit de nous approcher de l'autel pour admirer les petites chapelles qu'il y a de chaque coté. C'est à ce moment là que Christine aperçoit un homme allongé par terre, à gauche de l'autel. Il y a quelques personnes accroupies autour de lui. Au début, nous pensons à un malaise. En fait, il est tout simplement mort (un accident de chantier survenu dans l'après-midi, nous expliquera-t-on). Nous repartons un peu gêné de nous être immiscé dans cette cérémonie familiale.
Le lendemain, nous repartons pour une marche de 4 heures dans un autre Canyon, celui de Torotoro.
La rivière qui coule au fond du Canyon forme par endroit de très belles piscines naturelles, auxquelles les enfants ne peuvent pas résister. Malheureusement pour eux, l'eau est à 9°C, et ils sortent de l'eau encore plus vite qu'ils y sont rentrés.
Nous repartons en début d'après-midi, après de chaleureux adieux à Sonia et Walter (décidemment, nous collectionnons les hôteliers sympa). Les heures qui suivent seront moins agréables. Nous tombons sur un Fangio des Andes, qui a du mal à comprendre qu'on a le droit de rouler à moins de 80 km/h sur des pistes de pierres, et dont le véhicule a la particularité d'avoir un coffre qui ne ferme pas. Deux fois, nous sommes obligés de lui hurler de s'arrêter pour pouvoir aller récupérer nos bagages que notre petit poucet de chauffeur sème le long de la piste. Pour couronner le tout, Garance est malade et réclame aussi quelques arrêts en catastrophe. Bref, c'est avec soulagement que nous regagnons en début de soirée notre hôtel à Cochabamba.
Le lendemain, nous repartons à la gare routière pour prendre notre bus pour La Paz. Cette fois, il s'agit d'un bus « normal », et nous voyageons de jour. Voyage de 7 heures sans incident notable, à part une bruyante altercation entre Christine et une Bolivienne qui voulait virer nos affaires des casiers au-dessus des sièges pour y mettre les siennes. Finalement, grâce à la médiation du chauffeur, et puisque chacune insultait l'autre dans sa langue et ne comprenait pas l'autre, l'incident a été vite oublié.
Quelques jours plus tard, nous apprendrons que le voyage aurait été moins calme 24 heures plus tard. Des mineurs en colère ont bloqué mardi la route Oruro-La Paz, en caillassant les bus qui passaient, et même en jouant un peu avec de la dynamite. Tout peut arriver en Bolivie...
Nous arrivons à La Paz lundi 19 mai en milieu d'après-midi. L'arrivée par le haut de la ville, qui s'étale de 3500 à 4000 mètres d'altitude, est aussi impressionnante qu'on nous l'avait dit. La ville est entourée de hauts sommets que les quartiers pauvres de la périphérie semblent essayer d'escalader.
Les quatre jours que nous passons à La Paz nous donnent l'occasion de nous reposer un peu. C'est d'abord la dernière ligne droite pour le CNED : les enfants augmentent leur rythme de travail (3 séances par jour), pour pouvoir profiter au maximum de la première semaine aux Etats-Unis, à Los Angeles. Ils doivent en effet envoyer leurs dernières évaluations le 10 juin au plus tard.
Les journées suivent à peu près toutes le même tempo : CNED le matin, puis départ vers midi pour déjeuner, chaque jour dans un quartier différent afin de visiter la ville. Après le déjeuner, nous rentrons doucement vers l'hôtel en écumant les boutiques. Comme à Luang Prabang, nous nous sommes un peu lâchés sur les achats à La Paz : Pulls, Ponchos, Sacs, et tissus en tous genres. Nous attendons Los Angeles pour envoyer des colis vers la France. Il y a des chances que le coût de l'envoi dépasse le coût des marchandises !
A propos de poste, nous avons une nouvelle déconvenue avec la poste restante. Cette fois, le courrier nous a été envoyé par Chronopost, a priori plus fiable. Trop fiable ! Quand nous venons récupérer notre lettre, elle est déjà repartie en France ! La poste restante fonctionne très bien partout dans le monde, mais pas en Amérique du sud.
Le samedi 24 mai, nous partons en bus vers Copacabana, situé au sud du lac Titicaca. Nous passons du bus au bateau pour rejoindre l'Isla del Sol. C'est du bateau que nous découvrons le lac mythique.
L'isla del Sol est le berceau de la mythologie Inca. C'est là que serait né le soleil et le premier empereur inca. Les guides boliviens ne sont pas peu fiers de raconter que l'origine des incas est donc en Bolivie, et non au Pérou voisin.
Nous passons 24 heures sur l'île. C'est un havre de tranquillité. Aucune voiture, quelques ânes, et 2500 habitants qui cultivent pour la plupart les champs en terrasse construits il y a 800 ans par les incas. Nous profitons de la vue extraordinaire sur le lac et des ruines incas qu'on trouve un peu partout sur l'île, et sur sa voisine l'isla de la Luna.
Le dimanche en fin de matinée, nous repartons vers Copacabana pour une visite rapide de la superbe cathédrale, devant laquelle nous assistons à la curiosité locale : tous les dimanches vers midi, des prêtres bénissent (avec de l'alcool !) les voitures spécialement préparées pour l'occasion.
En début d'après midi, nous prenons un minibus qui nous emmène à quelques kilomètres, à la frontière péruvienne, où nous attend un autre bus qui nous conduit à Puno, de l'autre coté du lac Titicaca.
Nous terminons ainsi nos trois semaines en Bolivie, où nous n'avions prévu de passer que 10 jours. Le Salar d'Uyuni et le Sud-Lipez font partis des paysages qui nous ont le plus impressionnés de tous ceux que nous avons pu voir. Nous avons énormément apprécié les contacts avec les boliviens, très différents des chiliens, mais tout aussi gentils. En particulier, nous nous rappellerons très longtemps de José. Nous n'avons pas compris les mises en garde alarmistes du ministère des affaires étrangères, n'ayant jamais ressenti un quelconque sentiment d'insécurité. Enfin, il faut ajouter que nous avons moins apprécié les villes (Sucre, Potosi et Cochabamba), à part La Paz qui possède un caractère vraiment particulier.
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