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Santiago du Chili, le 22 avril 2008
Pour commencer, et après 3 mois d'efforts infructueux, nous avons enfin réussi à mettre en ligne le film réalisé par Antoine sur le Kokomo (notre bateau loué en Australie). Spielberg n'aurait pas fait mieux. Pour le voir, allez dans la rubrique « Australie ». Nous avons aussi ajouté un film des enfants avec un dauphin à Moorea, et des photos dans l'album photos de Polynésie.
Le mardi 8 avril, nous arrivons à Punta Arenas. C'est la plus grande ville au sud du Chili, au bord du détroit de Magellan, presque à l'extrême sud du continent américain. Il fait froid, et nous étrennons les vêtements que nous venons d'acheter à Santiago!
Nous n'y passons que 24 heures, mais nous devons repartir faire les magasins, cette fois pour trouver une nouvelle paire de chaussures pour Antoine. Celles que nous avions achetées juste avant de partir sont déjà trop petites. Quelle idée de partir faire le tour du monde avec des enfants ? A peine installé dans notre hôtel, nous repartons donc vers la « Zona Franca », sorte d'Usine Center patagonienne où on trouve de l'équipement pour la montagne et beaucoup de matériel électronique.
Le lendemain, départ en bus pour Puerto Natales, vers le Nord. C'est la porte d'entrée vers le parc national Torres del Paine, le plus beau d'Amérique du Sud d'après les spécialistes. Puerto Natales est tout au fond d'un des très nombreux Fjords qu'on trouve sur la cote Pacifique, au sud du Chili.
Nous nous installons pour 3 jours à l'hôtel Francis Drake, dont le patron se révèle être français. Les enfants prennent aussitôt possession de la salle habituellement réservée pour les petits déjeuners, et la transforme en salle de classe.
Comme en Asie et en Polynésie, nous trouvons une multitude de chiens plus ou moins abandonnés et qui parcourent les rues à la recherche de nourriture. Comme Garance les regarde, les appelle et les trouve tous plus beaux et « mignons » les uns que les autres, ils se disent que ces humains-là pourraient bien leur procurer un casse-croûte, et nous sommes suivis en permanence par 2 ou 3 chiens.
Ici, c'est la fin de la saison touristique et il n'y a pas grand monde dans les rues. Coté mode, nous n'avons pas résisté au plaisir de vous faire partager l'élégance naturelle des commerçantes locales. Pour dire l'entière vérité, celle-ci a poussé un cri d'effroi quand elle a vu que nous la prenions en photo, et nous a fait promettre de ne la montrer à personne...
Le jeudi, nous partons avec notre 4x4 de location vers le parc Torres del Paine, à 120 km de là. Au début, la route est correcte, mais très vite cela devient des pistes en terre, où plus exactement en gravillons.
A mi-chemin du parc, première galère comme on les aime : crevé !
Au retour, la voiture continuera ses caprices : Un voyant d'huile qui s'allume, puis une odeur de brulé, et enfin une jolie fumée noire qui sort du capot moteur, 10 km avant notre arrivée. En priant, nous continuerons quand même jusqu'au bout, ravis de rendre la voiture au loueur, visiblement navré pour nos ennuis mais encore plus par les frais de réparations.
Entre temps, nous aurons quand même eu le temps d'en prendre plein les yeux au Parc Torres del Peine, malgré le temps un peu couvert : traversée de la Pampa chilienne, troupeaux de guanaco, lacs, chutes d'eaux et surtout les « Torres » (tours) elles-mêmes (à droite sur la photo du bas).
 
Beaucoup de randonneurs viennent ici pour le fameux « W », un circuit qui prend environ 4 jours, mais qu'il vaut mieux faire en janvier ou février (et sans enfants). Nous nous contentons d'une ballade de 2 heures, juste au moment où il se met à neiger.
Le samedi, nous reprenons un bus pour El Calafate (prononcez El Calafaté), en Argentine. La route, qui passe par les premiers cols des Andes, traverse d'immenses étendues enneigées. Au bout d'une heure environ, nous nous arrêtons successivement aux postes frontières Chiliens et Argentins.

A El Calafate, un taxi nous emmène vers une petite résidence tenue par un vieil écossais adorable qui loue des petits chalets. Notre logement nous donne l'impression d'être dans une station de sports d'hiver, sentiment renforcé par les boutiques, bars et restaurants de la rue principale. Le relief en moins, cela ressemble un peu à Courchevel (c'est beaucoup plus chic côté Argentin que côté chilien - nous ferons le même constat à Ushuaia).
Le lendemain, le même taxi (qui se transforme pour l'occasion en guide touristique) nous emmène au glacier Perito Moreno, à 80 kilomètres. Nous avons déjà vu des glaciers en Nouvelle-Zélande (et en France !), nous en reverrons sur la Terre de Feu, mais celui-ci est vraiment exceptionnel. Son front, large de 5 km, se jette directement dans le Lago Argentino, qu'il domine d'environ 50 mètres. L'air prisonnier de la glace est tellement compressé que cette dernière parait bleue. Chaque jour, les 2 premiers mètres de glace se détachent et tombent dans l'eau. Régulièrement, le grondement émis par le glacier est si fort qu'il arrive à couvrir le bruit du vent.
 

Le mardi 15, nous prenons un vol pour rejoindre Ushuaia. Le nom est magique, même si le très efficace plan marketing de la ville (le nom de la ville est partout accompagné du slogan « El fin del mundo ») repose sur un mensonge : Du port d'Ushuaia, on peut voir Puerto Williams, ville Chilienne située de l'autre côté du canal Beagle, donc plus au sud.
Nous ne passons qu'une seule nuit à Ushuaia. Le patron du B&B nous apprend qu'il est venu plusieurs fois en France et qu'il est allé à la Roche-sur-Yon. Etonné, nous n'osons pas lui faire remarquer qu'il y a peut-être des endroits plus sympas à voir, jusqu'à ce que nous comprenions que sa femme est Française et que sa belle famille vit à la Roche-sur-Yon.
Le lendemain, nous nous préparons à embarquer pour 3 jours sur le Mare Australis, pour une croisière qui doit nous ramener vers Punta Arenas, via le Cap Horn, le canal Beagle et le détroit de Magellan. En attendant l'heure d'embarquer, nous nous promenons dans les rues d'Ushuaia. En passant devant un coiffeur, Laurent et Antoine décident de se faire une coupe (la dernière, c'était il y a trois mois à Sydney ! Antoine commençait à ressembler au chanteur-opticien homonyme).
Comme tous les coiffeurs, celui-ci aime parler. Il nous apprend qu'il est Ouzbèke. Originaire de Tachkent, il s'était installé en 1985 à Kiev, et est donc devenu Ukrainien. Il faisait son service militaire en 1991 à Vladivostok, au moment de l'effondrement de l'URSS (sa principale mission consistait à envoyer des missiles sur les Tchéchènes). Les russes l'ont gardé un an, puis il a fini son service en Ukraine. Il a quitté son pays en 95 pour s'installer en Argentine. Il a maintenant 4 passeports !
Nous embarquons sur le MARE AUSTRALIS le mercredi soir.
Aussitôt, nous faisons la connaissance de Jim et Laura, retraités Californiens qui nous invitent à aller les voir quand nous serons à San Francisco, et de Jim et Dana (à croire que les anglo-saxons s'appellent tous pareils!), jeunes mariés Canadiens d'Ottawa qui partageront tous nos repas. Jim est ravi d'exercer son Français, mais Dana ne parle qu'Anglais. De fait, nous avons parfois ces dialogues comiques où nous parlons anglais (pour que Dana puisse comprendre) et où Jim nous répond en Français !
Le lendemain, levé à 6h pour un des temps forts de la croisière : nous sommes en face du Cap Horn. Heureusement, le temps est magnifique (Antoine est déçu, il aurait voulu voir une tempête !). Nous montons dans le Zodiac qui nous emmène vers l'île qui marque l'extrême sud du continent américain.

Le temps d'assister au lever du soleil, et nous débarquons sur l'île de Horn où, en haut de la falaise qui surplombe le cap, a été élevé un monument en forme d'Albatros, à la mémoire des marins disparus ici.
 
Nous découvrons aussi le phare du cap Horn et la maison attenante qui a une particularité : de chaque coté, des anneaux sont solidement fixés dans le sol. Ces anneaux servent, en cas de tempête, à attacher la maison pour éviter qu'elle ne s'envole !
Nous continuons ensuite notre route en remontant vers le canal de Beagle (qui longe le sud de la terre de feu). Au passage, nous apercevons nos premières baleines (nous avons encore en travers de la gorge le rendez-vous manqué en Nouvelle-Zélande). L'après-midi, nous faisons une nouvelle halte dans la baie de Wulaia, où vivaient autrefois les populations indigènes - entièrement nus été comme hiver ! Dès que nous montons dans les zodiacs, les dauphins nous accompagnent.
Les décors sont splendides. Nous n'imaginions pas que cette région abritait autant d'îles, de détroits et de fjords. C'est un véritable dédale.

Le lendemain, nous entrons plus profondément dans un des fjords pour rejoindre le glacier « Gunter Plüschow ». Le zodiac zigzag entre les blocs de glace. L'eau est à 3°C !

C'est la première fois que nous participons à une croisière. Nous nous apercevons qu'on y mange 3 fois plus qu'ailleurs ! Buffets pantagruéliques au petit-déjeuner et au déjeuner, entrée-plat-dessert au dîner. Sans compter les Pisco Sour et l'excellent vin chilien à tous les repas ! Nous découvrons ainsi le carmenere, un cépage français disparu il y a plus d'un siècle et qu'on a redécouvert au Chili en 1994.
Pour le reste, l'ambiance sur le bateau est excellente. On nous avait dit que ce genre de croisière était peuplé exclusivement d'Américains et de Japonais septuagénaires, et la majorité des passagers avaient en fait entre 40 et 60 ans. C'était la dernière croisière de la saison, et il semble que faute de clients, les armateurs invitent beaucoup de tour-opérateurs et de directeurs d'hôtels, « prescripteurs » potentiels. Les enfants étaient encore une fois les seuls « moins de 20 ans », et ils se sont bien sur faits remarqués. Surtout qu'après avoir suivi un cours sur les nœuds marins, leur principal jeu consistait à se ligoter chacun à leur tour et à se laisser ainsi au milieu des coursives du bateau.
Le samedi, dernière excursion à l'île Martha, au milieu du détroit de Magellan. Normalement, nous aurions dû aller à l'île Magdalena voir une des plus importantes colonies de pingouins de l'Amérique du Sud, mais à cette époque de l'année les pingouins sont déjà partis se faire bronzer plus au nord ! A l'île Martha, outre les quelques milliers d'oiseau de toutes sortes, nous rencontrons une colonie de lions de mer, au milieu de laquelle se sont glissés quelques éléphants de mer.
Là encore (et pour vous montrer que même en tour du monde, on se lève tôt), nous assistons à un beau lever de soleil sur la terre de feu.
Nous débarquons le samedi en fin de matinée à Punta Arenas, avec un rhume carabinée. Après avoir quitté Dana et Jim (que nous reverrons, à Ottawa ou à Paris), nous nous réinstallons à l'hôtel Calafate, où nous avions oublié Tayco (le chien en peluche) 10 jours plus tôt.
L'après-midi, les enfants reprennent leurs cours du CNED qu'ils avaient délaissés depuis Ushuaia (Antoine doit finir ses 10èmes évaluations) et nous repartons vers Santiago le dimanche.
Nos deux petites semaines en Patagonie nous ont enchantées. Nous pensions avoir trouvé en Nouvelle Zélande les plus beaux paysages (après l'Irlande peut-être), et la Patagonie nous fait douter. De plus, dix jours nous ont laissés un goût de trop peu, et nous nous promettons - une fois de plus - de revenir (mais tiendrons-nous toutes nos promesses ?) Les 4 jours en Argentine nous ont aussi convaincu que ce pays et ces habitants méritaient quelques semaines. Encore un voyage à planifier...
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